REPAR – Le réemploi comme passerelle entre architecture et industrie

Dynamiques de réemploi de matériaux de chantier : Acquisition et fiabilisation de savoirs ; développement de composants en réemploi.

Editorial

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus construire tout standard, sans une attention militante aux ressources naturelles, humaines, matérielles, immatérielles qui nous entourent. Surtout, nous savons faire autrement, en composant avec les notions de durabilité, de bon sens technique et partenarial. Il ne faut plus considérer qu’il est difficile d’atteindre un modèle d’économie circulaire, mais qu’il est insensé de ne pas mettre en œuvre tous les moyens nécessaires à sa réalisation.

Le réemploi permet cette intelligence de conception locale, qui se pense en fonction du territoire sans s’économiser d’un cadre de référence générique. Le réemploi propose une vision dynamique des métiers de la commande urbaine et architecturale, de la conception et de la construction, avec un nouveau lien de confiance entre les acteurs. En mobilisant tout le stock de matière à disposition sur un chantier, en lui offrant une seconde ou troisième vie, nous sortons d’une spirale de fabrication de déchets pour remodeler l’espace urbain avec ses propres ressources économiques, sociales, environnementales.

Pour un architecte, penser le projet de démolition (lorsqu’on ne peut faire autrement !) comme un projet de construction est une nouveauté et non un impensé. En s’appropriant davantage leur univers proche, les architectes font œuvre de pacificateurs de l’espace urbain. Ils peuvent imaginer d’autres filières de compétences et de mise en valeur des capacités des habitants.

Bellastock mène en ce sens des projets ambitieux qui s’appuient sur une méthodologie solide. REPAR, le programme de recherche et expertise sur le réemploi de Bellastock, propose ainsi des référentiels techniques et des exemples concrets dont les process ont été validés. Les freins réglementaires et normatifs qui brident aujourd’hui certaines initiatives sont présentés avec soin, mais l’étude démontre qu’ils sont d’abord culturels. Et l’actualité politique, avec la Stratégie Nationale de l’Architecture de 2016 et la Feuille de Route de l’Économie Circulaire de 2018, montre que l’État prend en main son rôle de facilitateur.

 

Contexte

La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) adoptée en juillet 2015 vise à relever les deux défis que sont la lutte contre le dérèglement climatique et la préservation de l’environnement. La rénovation du parc de bâtiments existants, la promotion des transports propres, des énergies renouvelables et de l’économie circulaire, constituent les principales mesures à l’agenda des politiques publiques. Cette loi qui tend à limiter le gaspillage et favoriser l’économie circulaire, a fixé un objectif de valorisation de 70% des déchets du bâtiment et des travaux publics à l’horizon 2020 alors qu’environ 60% de ces déchets sont actuellement réemployés, recyclés et récupérés.

Parmi les « 3R » (réemploi, recyclage et réduction), le réemploi de matériaux et de composants du bâtiment représente une opportunité encore sous-exploitée qui doit conduire à réduire les déchets. Pourtant, le réemploi est la priorité de ces « 3R », puisque c’est une action de prévention amont à la création de déchets.

La pratique du réemploi opère un changement de point de vue sur ce que l’on considère à priori comme déchet pour l’envisager comme un produit : une ressource exploitable en soi. Ici, nous décidons volontairement de réunir sous la même appellation réemploi les notions légales de réemploi (d’un matériau pour un même usage) et de réutilisation (d’un matériau pour un usage détourné).

En puisant dans les propres ressources du territoire (humaines, matérielles, immatérielles) pour le renouveler, le réemploi offre une répartition plus juste de la valeur ajoutée du projet et du chantier. C’est un levier du métabolisme urbain, qui s’appuie sur le concept parfois homogène, parfois imprévisible de mine urbaine pour proposer une alternative au « tout standard ». Il s’agit de rendre visible et lisible le gisement de matière à disposition dans l’espace urbain afin de fabriquer des filières de distribution de matériaux et composants du BTP collectés, préparés, fiabilisés et fournis localement.

En plus de répondre à la question de la raréfaction des ressources, le réemploi se raisonne ainsi dans un territoire urbanisé limité, qui assume d’être fini. Il induit alors des solutions de logistique urbaine en circuit court très intéressantes, qui mutualisent des services pour plusieurs chantiers.

 

Objectifs

REPAR présente, au-delà des freins ressentis, la méthode établie par Bellastock pour mettre en oeuvre le réemploi, dans une logique de projet par projet et dans une logique de montée en généralité. Le propos est optimiste mais réaliste et ce qui parait exceptionnel aujourd’hui peut devenir traditionnel dans quelques années.

REPAR #1 est le premier volet du programme (lauréat APr Déchets BTP 2012 ; 2012-2014) ; il a étudié l’amont d’une filière de réemploi en construction, c’est-à-dire la collecte, dans un cas complexe de démolition sélective. Le projet s’est basé sur une étude de cas, la déconstruction des entrepôts Printemps à L’Île-Saint-Denis (93), pour mettre en place des filières de réemploi de matériaux au service de la ZAC de l’Éco-quartier fluvial qui a pris la place des entrepôts. Un scénario générique a été proposé, validé une première fois, et Bellastock a créé Actlab, le laboratoire manifeste du réemploi en construction, sur le chantier de la ZAC.

REPAR #2 est le second volet (lauréat 2nde édition ; 2014-2018) ; il pose la question de l’aval de la filière : comment envisager le projet d’architecture comme un débouché pour les produits de réemploi en construction ? Bellastock s’est entouré d’un partenaire (le CSTB, pour l’Analyse Économique) et d’experts (maîtres d’ouvrage, centres d’essai, ingénieurs techniques et environnementaux, architectes, contrôleur technique, entreprises de construction et démolition) pour proposer un guide méthodologique du réemploi et un catalogue technique de réemploi de composants d’ouvrage.

Les objectifs de REPAR #2 sont les suivants :

  • Contribuer à l’actualisation des outils du maître d’ouvrage et de l’architecte pour permettre la mise en oeuvre de réemploi dans un projet d’architecture ou d’urbanisme.
  • Vérifier la faisabilité d’assemblages en réemploi, par la mise en oeuvre de solutions techniques et l’établissement d’un protocole de caractérisation des matériaux associé. Un fort accent est mis sur l’expérimentation à travers la conception et la réalisation de nouveaux composants d’ouvrage en réemploi.
  • Poser les bases d’une massification et d’une optimisation du réemploi en architecture en s’attachant à trois enjeux. Un premier enjeu opérationnel et partenarial, que le numérique peut aider à porter, avec une proposition de management raisonné du projet et de sa matérialité par la maîtrise d’ouvrage. Un second enjeu d’accompagnement et de montée en compétence des acteurs locaux pour répondre aux nouveaux marchés qui leur sont proposés. Et enfin un troisième enjeu technique, avec la proposition d’une offre d’évaluation technique et d’expertise adaptée au réemploi.

Déroulé du programme de recherche

REPAR #2 s’est déroulé en 6 phases, entre 2014 et 2018 :

  1. Capitalisation des projets réemploi de Bellastock déjà réalisés. Expérimentations et recherches réalisées par les partenaires et experts pour mettre en place une méthode de travail commune. Des modèles de documents sont établis pour une approche générique du réemploi.
  1. Audits et déconstruction : identifier des opérations sur lesquelles impulser une dynamique de réemploi, codifier et réaliser les diagnostics ressource des opérations.
  1. Phase « étude » : définir comment des matériaux collectés sur divers sites en chantier peuvent s’intégrer au projet et devenir des produits réemploi de construction.
  1. Phase « chantier », qui s’attache à l’étape d’exécution et de suivi de chantier. Il s’agit d’étudier les relations entre les temps de collectes, de préparation et de mise en œuvre de matériaux de réemploi. L’enjeu est aussi de travailler sur les phases de logistique urbaine (conditionnement, transport, plateforme de stockage et de transformation des matériaux en nouveaux produits de construction).
  1. Phase d’évaluation des impacts économiques du réemploi visant à élaborer et appliquer un modèle économique fonctionnel.
  1. Phase d’évaluation environnementale pour définir un indicateur d’impact du réemploi.

 

Synthèse

Au-delà de la simple question de l’intégration d’un matériau de seconde vie dans une construction, le réemploi soutient de nombreux principes de l’économie circulaire et pose quatre défis tout au long du processus de projet : organisationnel, logistique, technique, culturel. La méthode de REPAR discute ces défis et raisonne sur la double échelle du territoire et de l’architecture.

L’offre de matériaux et de composants d’ouvrage est conséquente, les plateformes numériques qui proposent cette offre se multiplient, et les réseaux de professionnels annoncent souvent la présence en masse d’éléments intéressants de construction dans leurs chantiers de démolition. Mais à l’échelle de l’architecture, la demande n’est pas si fréquente, en tout cas elle ne correspond pas au volume de l’offre. La mine urbaine devient de plus en plus accessible mais les a priori ont la vie dure : le lot réemploi d’un projet se confrontera assez rapidement aux doutes des acteurs. Est-ce faisable ou est-ce hors norme, hors la loi, non rentable ?

REPAR #2 montre que le réemploi peut être fiable techniquement et qu’il est assurable en architecture. La recherche s’appuie sur le processus de projet urbain et architectural et sur les principes de l’évaluation technique d’une solution innovante (caractérisation du couple matériau – domaine d’emploi) pour proposer un guide du réemploi, peu importe le gisement, peu importe le projet. Dans ce sens, REPAR revient précisément sur le jeu d’acteurs et la logique partenariale d’un projet de réemploi.

La clef de voûte du dispositif est le diagnostic ressource. Évolution – ou complément – du diagnostic déchets, le diagnostic ressource vérifie les performances d’un produit de seconde vie et leur corrélation avec des domaines de réemploi possibles. Il fiabilise ensuite la filière à déployer et le débouché, c’est-à-dire le projet récepteur apte à accueillir ce produit. Il prépare enfin le cadre administratif et assurantiel qui permettra d’intégrer effectivement un réemploi dans la construction cible. A cette étape, des étiquettes produits pour assurer la traçabilité des éléments collectés et leur expertise sont mise en place.

Le diagnostic ressource s’ouvre sur deux cahiers des charges techniques qui ont pour objectifs de rendre générique les résultats que l’on obtient sur le terrain et de créer une banque de données libre de droit sur le réemploi en construction.

  • Un premier cahier des charges précise comment réaliser des fiches techniques de réemploi d’éléments de construction, à faire valider par un Bureau de contrôle ;
  • Un second cahier des charges explique la démarche pour écrire des référentiels techniques, avec des centres d’essais et les acteurs de la filière, qui sont des prémisses aux règles professionnelles sur des éléments et composants de réemploi.

REPAR #2 monte ensuite en généralité, en déroulant les étapes d’études et de travaux qui permettront d’aller plus loin que le diagnostic ressource. REPAR #2 propose alors des outil-guides qui sont des aides à la décision. Entre autres :

  • Une analyse économique avec un indicateur emploi pour le territoire ;
  • Un calcul de l’impact environnemental avec un indicateur ressource qui compare la solution de réemploi avec son équivalent en neuf et en recyclage ; un arbre de décision technique sur le choix d’un domaine d’emploi plutôt qu’un autre pour un gisement.
  • Un principe d’arbre de décision technique, pour guider le choix du maitre d’ouvrage dans le choix du domaine de réemploi de l’élément collecté.

La recherche pose les bases d’un dialogue technique commun entre tous les acteurs du chantier, avec la livraison d’un catalogue technique de solutions de réemploi. Ce catalogue est constitué de 14 fiches techniques validées par un bureau de contrôle, sur une grande variété de matériaux et composants d’ouvrage, et de deux référentiels, co-écrits par des centres d’essais, sur le réemploi de béton. Enfin, beaucoup d’exemples et de retours d’expérience sont présentés pour faire avancer la discussion.

 

Les perspectives d’application

  • Une banque de données techniques sur les matériaux de réemploi qui permet l’utilisation de la mine urbaine et l’écriture d’une nouvelle histoire de la construction ;
  • Des gisements de matière parfaitement caractérisés grâce au diagnostic ressource, pour être valorisés au plus près de la source et au plus haut de la pyramide de traitement des déchets ;
  • Un management de projet raisonné pour une maîtrise d’ouvrage qui dispose d’aides à la décision opérationnelles pour ses projets conduits en économie circulaire (modélisation socio-économique, indicateur ressource environnementale, arbre de décision technique) ;
  • Une pratique actualisée de l’architecture et de nouvelles compétences appropriables par l’architecte ;
  • Une montée en compétence des territoires sur des actes de chantier et un marché pour l’emploi local (artisans et acteurs de l’économie sociale et solidaire) ;

Un lien de confiance facilité entre les acteurs du chantier, grâce à une offre technique fiable pour le réemploi, avec des référentiels reproductibles et une contractualisation des risques maîtrisés.

 

Pour aller plus loin :

Lien Ademe : ademe.fr

Versions numériques :

  • Résumé scientifique : ici
  • Rapport consultable : ici

 

Version papier

  • Pré-commande auprès de communication@bellastock.com
  • L’ouvrage de 550 pages est imprimé et relié avec le plus grand soin pour vous permettre une vraie facilité de lecture.
  • 100 euros l’exemplaire.

 

 

 

 

 

 

Informations

Financeurs : Bellastock, ADEME, CSTB
Pilote : BELLASTOCK
Partenaire : CSTB ÉCONOMIE
Public : SECTEUR DE LA CONSTRUCTION ET DE L’AMÉNAGEMENT (MOA, MOE, Architectes, Entreprises du Bâtiment et de la Démolition) – COLLECTIVITÉS TERRITORIALES ET SECTEUR PUBLIC
Mots-clés : Economie circulaire, métabolisme urbain, réemploi, construction, démolition sélective, architecture, filière de matériaux de construction, éléments et composants d’ouvrage, référentiel technique, guide méthodologique, diagnostic ressource, modélisation économique.
Description : Livré en mars 2018
Langue : FR

 

 

Financeurs et partenaires

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